« Il m’a accompagné à l’aller et au retour… »

« Il m’a accompagné à l’aller et au retour… »

Vous avez pu découvrir la première partie du témoignage de Christophe Rosay dans les colonnes de notre dernier numéro. En 1979, le jeune motard sierrois avait décidé, avec des amis, de prendre part à une folle aventure à moto. Course improbable qui devait le mener au Col de l’Assekrem dans le massif du Hoggar, et bien plus loin encore. A son retour, peu à peu sa relation avec le Seigneur se creuse et des «surprises» l’attendent… Il raconte.

Texte et photos par Christophe Rosay

Ma Honda XLV750-R sort de révision. Elle se révèle être « le dromadaire » dont je rêve depuis longtemps. Un agenda est enfin programmé pour le Dakar 1984 qui passera par l’Assekrem. Je m’en réjouis. Une équipe est formée, la recherche de sponsors commence. Le projet fédère de nombreux amis. Pourtant, un accident de travail va barrer ma route.

Attention les yeux ! – « L’œil est crevé, il faut opérer » m’apprend-on. Le vide s’ouvre devant moi : il engloutit mes projets. J’avance dans le vide. Ma vie semble foutue. Il me faudra plusieurs années pour y voir plus clair. L’absence de vue stéréoscopique me rend vulnérable et m’interdit la conduite à moto. Je ne vois plus ni le relief, ni les trous. Je m’encouble sur les trottoirs. Je ne supporte plus la lumière du soleil. Je me sens anéanti. J’ai 26 ans. Mon médecin me suggère de transformer mon hobby, la photo, en future profession car, dit-il, il faut fermer un œil pour regarder dans le viseur. Son idée me plaît. Je garde pourtant un pied en mécanique en collaborant au projet d’un nouveau garage moto d’un ami. Ma vue s’améliore et je reprends discrètement la conduite sur deux roues. Mes sensations reprennent vite le pas sur la prudence et la peur.

Accident hivernal – Un beau samedi de février, je me dis que ce serait bien de faire tourner le moteur de la V-Twin rouge. A la sortie d’un village, je mets les gaz à fond. Le moteur rugit, le cardan vibre et le plaisir est au rendez-vous. La route tourne légèrement et me voici, les roues dans l’ombre de la glissière. Le pneu avant dérape sur le bitume. C’est la chute, avec la vision du piquet de glissière dans la trajectoire de ma tête. Je crie dans mon casque : « Seigneur, pas maintenant ! » J’entends : « Vite, pivote sur toi-même ! » Un tour sur moi-même et je passe ainsi entre les poteaux. J’entends un grand crac en frottant ma hanche à ce satané piquet. Je frôle la glissière, vole par-dessus le talus et plonge dans la vigne en contrebas. Je me sens blessé à l’intérieur. Je remonte sur la route pour qu’on me voie. Là, je fais cette promesse au Seigneur : « Si tu me laisses en vie, j’arrête la moto ! » Je me réveille l’hôpital avec des fixateurs externes pour tenir en place mon bassin endommagé. Encore une fois, le Seigneur est présent et la guérison sera totale. La moto ? Pas une raie : personne ne comprendra. La gendarmerie la recherche. Le jeune aspirant de la patrouille prend mal à la vue d’autant de sang perdu, persuadé d’une mort sans délai. A cet instant, je sens le Seigneur me dire : « Je ne t’ai pas laissé une moto pour faire le con… »

Un nouveau regard – J’ai 33 ans. Une cousine me parle des chrétiens charismatiques, des dons de prophétie et de guérison, mais surtout de Jésus Christ. Ce soir-là, j’entends des versets bibliques étonnants alors que je nage en plein tourment. Je « bois » ses paroles tant elles correspondent à ma soif de connaissance. Alors je remets ma vie avec sincérité entre les mains de Jésus. Les liens malveillants sont coupés : « Il n’y aura plus jamais d’accident. » Pourtant ma vie s’effondre : poursuites pour dettes et perte de mon logement font de moi un SDF durant plus de trois mois. Durant ce temps, je m’interroge sur mon avenir. J’ai presque tout perdu mais au-dedans la conviction que le Seigneur est vivant m’habite. Il m’aide à me reconstruire. Rapidement, je trouve un emploi en mécanique.

Le retour à l’assemblée du dimanche matin – Un jour dans ma paroisse, je propose de raconter l’anecdote de la « petite Bible » bleue 1, celle qui m’avait accompagné durant mon raid moto de 1979. A la sortie du culte, je me trouve assailli de questions. Ces années de passion et de liberté que j’avais enfouies au plus profond de moi-même réapparaissent soudainement, mais là pour servir les « choses de Dieu ». Je me dis : « Seigneur, quelque chose change : la moto que je t’avais promis d’oublier est maintenant à l’église ! » Conseiller de paroisse, je veux m’engager sur le chemin de la foi et je lance l’idée d’un culte destiné aux jeunes sur la base d’un sujet que je maîtrise : la moto.

Dieu dans ton moteur – Je propose un témoignage de ma traversée du Sahara avec, en écho, des textes bibliques sur cet immense vide en moi. Ce sera la parabole du bon samaritain. En présentant le milieu motard, j’insiste sur la camaraderie et l’amitié qui sont à l’origine de l’entraide. La prière inspirée par l’évangile de Jean (14, 6) nous rassemble tous : « Seigneur, deviens notre GPS intérieur afin que nous prenions les bonnes décisions sur notre chemin de vie. » 

Un cadeau inespéré – Malgré ma promesse au Seigneur, je cherche à acheter une nouvelle moto. Je suis dépité car mes recherches n’aboutissent que sur des modèles bien trop chers pour moi. Je n’ai que 2’000 francs. Pourtant, une occasion improbable s’offre à moi. Un ami me dit : « J’ai un client qui vend son ancienne Africa Twin. Je lui ai fait tous les services. » J’avais prié pour une moto pareille et voilà qu’elle m’est offerte sur un plateau à trois jours de mon anniversaire. Et le Seigneur là-dedans ? Je me souviens : « Je ne te laisse pas une moto pour faire le con… »  Je roulerai donc à son service, avec le petit NT bleu 2 toujours dans ma poche.

Avec du recul – Aujourd’hui, je reconnais que c’est ce Jésus qui tant de fois m’a sauvé. Il s’est révélé dans le Hoggar puis ne m’a plus lâché. Par sa puissance de guérison et d’amour, ma vue s’est tant améliorée que je peux désormais faire mon « retour sur terre », comprenez : rouler à moto ! C’est vers lui que j’ai crié lorsque je glissais sur le bitume en direction du piquet de glissière. C’est un Jésus de liberté : en son nom les liens que j’ai pu avoir à des esprits mauvais ou à des spiritualités new age, ésotérique ou chamanique ont été coupés. C’est lui aussi que j’avais abandonné lorsque mes affaires marchaient bien. C’est lui que, par orgueil, j’avais mis de côté lorsque je me promettais de faire de ma vie une belle réussite. Lui aussi, lorsque, pour plaire à des chimères, j’ai mis cette lampe sous le boisseau de l’incrédulité. Lui encore, que j’ai placé en sourdine dans les difficultés de couple. Lui qui m’a relevé après un divorce difficile dans lequel j’ai bien risqué m’enlever la vie, alors que je croyais être dans une impasse. 

L’expérience spirituelle décisive au sommet de l’Assekrem, conjuguée avec la camaraderie et l’esprit d’équipe m’ont fait découvrir une autre approche de la vie ; la dimension verticale d’un monde que l’on ne voit pas mais qui est pourtant bien présent ; la conscience d’appartenir à quelque chose d’infiniment grand qui me relie à la vie et qui m’élève de façon à ce que je voie plus loin.

1 En réalité, un exemplaire des Nouveaux Testaments diffusés dans les écoles par l’Association internationale des Gédéons.
2 La Biker Bible est un Nouveau Testament avec témoignages de motards et références de clubs chrétiens en Europe.
3 Voir la première partie du témoignage de Christophe dans le numéro d’avril 3-2023.

Dans le milieu motard, la camaraderie et l’amitié sont à l’origine de l’entraide.
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